mardi 16 décembre 2014

Les mères célibataires de moins de 30 ans : Payer l’ignorance au prix fort

Il y aurait environ 1600 cas de naissances hors mariage chaque année en Tunisie. Dans les années 60 il y en avait déjà quelques centaines répertoriées. Le phénomène des mères célibataires n’a donc rien de nouveau en Tunisie. Il semble par contre aller en s’accroissant.
Pourtant le sujet reste tabou et lorsque ces grossesses arrivent elles sont synonymes de désastre dans la vie des mères. Surtout pour les plus jeunes. Pas préparées à la maternité, et souvent chassées par leur famille, cette catégorie de jeunes filles, dont l’âge ne dépasse pas les 29 ans, représente pourtant une réalité de la société tunisienne : le manque d’éducation et d’information autour de la sexualité.
Au foyer des mères célibataires de l’association Amal, la jeune Dorsaf vient d’accoucher. Cette jeune fille de 19 ans, aux yeux noisette et au visage de poupée, tient dans ses bras sa petite fille. Un petit bout de chou d’un mois à peine. Avec son joli gilet doré elle a l’air d’un trophée. Sa mère est fière. Fière mais triste et muette. Les autres filles parlent à sa place : « La petite c’est notre princesse, elle est magnifique. » Un bébé de plus dans le foyer de l’association Amal, c’est la famille qui s’agrandit.
La petite est magnifique, c’est vrai. Mais la première image qui saute aux yeux quand on la voit dans les bras de sa mère est désolante : une enfant avec un enfant. Dorsaf a l’air perdu, un peu terrorisé. Et même quand elle ferme les yeux pour ne plus voir la réalité, la chaleur du corps de son enfant lové contre elle lui rappelle qu’elle ne sera plus jamais désinvolte. Impossible de nier les événements quand on les porte à bout de bras. Comment beaucoup de mère célibataire Dorsaf a accouché seule, loin de sa famille.
Pourtant elle aurait bien eu besoin de sa mère. Peut-être lui aurait-elle expliqué comment s’occuper d’un bébé ? Ou peut-être pas. Si à 19 ans Dorsaf s’est retrouvée enceinte c’est que, surement, comme beaucoup de jeunes filles, elle n’a jamais parlé de sexualité avec ses parents, sujet tabou dans notre société. L’ignorance qui découle de cette hypocrisie coûte cher à celle qui en subissent les conséquences.
Sur la centaine de filles accueillies en 2008 par le foyer Amal, 63% avaient moins de 29 ans. En 2009 elles étaient 55,5% de l’effectif et 62% en 2010. Des filles jeunes qui sont complètement dépassées par la situation. Pour Semia Massoudi, en charge de l’association Amal, il s’agit bien d’un manque de connaissance, la plupart des filles ayant une connaissance approximative de leur corps et n’utilisant pas de contraceptif, car persuadées de ne pas en avoir besoin.
Farah dit être tombée enceinte en étant vierge « le médecin a du découper chirurgicalement son hymen, avant d’utiliser les forceps pour sortir son enfant » explique une fille du foyer Amal. Ce phénomène de mère vierge existe bien. Aussi aberrant qu ‘il puisse paraître.
Farah est frêle, le dos courbé, elle regarde au sol et on imagine qu’elle a dû arrêter de prendre soin d’elle il y a longtemps. « Il a le teint foncé mon fils, pourtant son père avait le tient blanc. » Elle parle du père et puis elle pleure. Quand elle a donné son nom et son numéro de téléphone aux services sociaux chargés d’établir le lien de paternité de l’enfant, ils se sont rendus compte que la ligne téléphonique était enregistrée sous un autre nom. D’un coup le vide sous les pieds de Farah. Elle a été menée en bateau. Naïve et honnête, elle a crû que le reste du monde était comme elle. Elle paie son inconscience au prix fort.
Comme beaucoup de filles elle ne s’est pas méfiée quand son petit ami lui a dit qu’il ne romprait pas son hymen. Comme beaucoup de filles elle a eu des rapports sexuels superficiels, sans pénétration ou des attouchements en surface. Mais avec le temps l’hymen peut se trouer et donc ne plus être imperméable aux spermatozoïdes. Persuadée que leur hymen est « en hauteur » les filles, comme les garçons, ne voient pas la possibilité de grossesse qui peut découler de ce type de pratique. Et même quand les filles sont au courant, elles ont du mal à faire accepter l’utilisation du préservatif à leur partenaire.
Le déni de sexualité, quant à lui, est un autre obstacle à l’utilisation de contraceptif. Pour beaucoup de filles le fait d’avoir un rapport sexuel de temps en temps ne justifie pas la prise de pilule, car elles refusent d’admettre que malgré la faible fréquence des rapports, elles sont pourtant actives sexuellement.
Au sein du Planning familiale du Bardo les chiffres parlent d’eux-mêmes: en 2011 sur les quelques 6000 consultants célibataires de moins de 29 ans, dont plus de 90% sont des filles, 4% seulement sont venus pour se faire prescrire un moyen de contraception. Les filles ont peur. Prendre la pilule, dans leur imaginaire, c’est se créer des problèmes de santé et augmenter les risques d’infertilité. La réalité est différente. C’est plutôt la pratique de l’IVG qui réduit la fertilité. Hors 10% des consultantes ont pratiqué un tel acte au centre du Bardo, la même année. Ces deux chiffres mis en corrélation montrent bien que la sexualité n’est pas réfléchie en amont et qu’un problème d’information et d’éducation se pose. D’abord au niveau scolaire. Les élèves doivent recevoir lors de leur 9éme année, des cours sur la reproduction sexuelle. Hors, par pudeur, il semble que beaucoup de professeurs ont du mal à bien expliquer le sujet. Mais c’est surtout au sein des familles que le problème se pose, les parents ne sachant pas comment parler avec leurs enfants de ce genre de questions.
Pourtant d’après les études le premier rapport sexuel aurait lieu autour de l’âge de 17 ans en Tunisie. Sans effacer la responsabilité de la jeunesse on peut comprendre qu’en l’absence de connaissance et que du fait de la non utilisation de contraception, les grossesses à un âge précoce se multiplient.
Si la société permettait à ces jeunes filles de vivre leur grossesse comme un heureux événement le problème ne se poserait pas en ces termes. Reste que lorsqu’une grossesse n’est pas désirée et qu’elle entraîne tout un changement de vie pour des jeunes filles non préparées, les pouvoirs publiques doivent se pencher sur le problème y est remédier. Responsabiliser la jeunesse semble primordiale. Mais il faudrait pour cela sortir du déni. La jeunesse tunisienne couche. Plutôt que de laisser ces jeunes hypothéquer leur avenir il faudrait les accompagner pour que ces grossesses non attendues n’aient pas lieu.
Dorsaf fait partie du bataillon de ces jeunes sacrifiés par hypocrisie. Pour « sauver l’honneur » sa famille l’a chassée. Elle a tout de même passé assez de temps au foyer pour savoir qu’elle peut s’en sortir seule : elle a vu les autres mères trouver un travail, un lieu de vie. Avec le temps les choses s’arrangent un peu. Normalement. En tout cas il y a peu de chance que Dorsaf ait un deuxième enfant hors mariage. Le taux de récidive est faible chez les mères célibataires accueillies par l’association Amal. Forcément : un partenariat existe avec l’Association tunisienne de la santé reproductive et des séances de sensibilisation en matière de sexualité et maladies sexuellement transmissibles ont lieu.
Il est 18h30 passées, la nuit tombe doucement. Dans le hall du foyer les filles terminent de donner à manger à leur bébé. Elles ressemblent à des grandes sœurs qui s’occuperaient des plus jeunes pendant que leur mère finirait de préparer le dîner. Sauf qu’il n’y a ni grande sœur, ni mère. Il n’y a que culpabilité et regret. Et dans les yeux des jeunes mères la tristesse ne disparaît jamais. Ou un instant à peine, le temps de répondre au sourire de leur enfant.
NDLR : Les prénoms des jeunes filles et des enfants ont été modifiés.

mercredi 23 avril 2014

le point de vue de la religion envers les mères célibataires

la société tunisienne a eu tendance de rejeter les mères célibataires et leurs enfants et de ne pas les accepter au sein d'elle en s'appuyant sur des raisons de coutumes et de religions . Dans ce contexte là , et pour mieux développer le point de vue de la religion envers cette catégorie on vous présente une interview avec monsieur Youssef Seddik un philosophe et anthropologue tunisien spécialiste de la Grèce antique et de l'anthropologie du Coran.

La prise en charges des mères célibataires par l'Association Amal pour la Famille et l'Enfant

déc142011

Amal pour la famille et l'enfant
L’« Association AMAL pour la Famille et l’Enfant » est une association à but non lucratif de soutien à la famille monoparentale.
Elle œuvre autour de trois thèmes principaux : la prévention de l’abandon, la facilitation de l’accès aux droits de l’enfant dans leur globalité, et l’aide à l’autonomie et à la réinsertion sociale et professionnelle des mères célibataires.
AMAL intervient à travers une approche sociale et caritative, dans des domaines tels que l’aide directe d’urgence, l’aide au développement, le soutien à la création de sources de revenus durables ou encore le droit et la consolidation d’une vie digne pour la mère célibataire et son enfant.
Pour poursuivre ces objectifs, elle propose différentes formes d’assistance (hébergement d’urgence, réponse aux besoins vitaux, suivi scolaire des enfants, suivi médical de la mère et de l’enfant), un soutien psychologique et scolaire, ainsi qu’une orientation juridique (sensibilisation aux droits de l’enfant et de la mère, suivi des affaires de reconnaissance patronymique et de pension alimentaire).
AMAL mène une activité de plaidoyer pour les droits des femmes et des enfants nés hors mariage auprès des institutions publiques et des médias. Dans ce cadre, l’association défend la réinsertion socio-professionnelle et l’autonomie de la famille (aide à l’emploi, formation professionnelle, médiation familiale et réconciliation avec le père biologique de l’enfant)
AMAL s’engage également à défendre l’égalité des chances pour les enfants des quartiers défavorisés.

Le statu juridique des mères célibataires en Tunisie





En Tunisie du fait de l’application de la loi n° 75 de 1998, telle que modifiée en 2003, une femme ayant accouché hors du mariage, peut agir en justice contre le père de l’enfant pour obtenir un jugement qui décide le complément du certificat de naissance de l’enfant par l’insertion des éléments de l’identité du père : prénom du père (‘ism), prénom du grand-père paternel et nom patronymique du père (laqab). Depuis la réglementation de 2004, une procédure d’enquête est déclenchée automatiquement à l’hôpital à la naissance, rassemblant l’action des services sociaux et de la police pour atteindre la preuve de l’identité du père. Le Procureur de la République ordonne les analyses ADN et le juge décide sur la base des résultats de celles-ci.
L’intérêt de cette loi demeure dans le fait que le rapprochement entre le père et l’enfant est construit par l’attribution du laqab paternel. En effet, à partir de ce moment le père devient responsable pour l’enfant, il a un devoir de protection (racâya) et de maintient (nafaqa) à son égard. La symbolique du nom permet d’établir la continuité de cette loi avec les procédés de construction des généalogies de la tradition des sociétés arabes. Ibn Khaldun dans la Muqaddima au XIVe ap. J.-C./VIIIe H. siècle considérait qu’ “un lignage est une supposition et non une réalité” car en donnant plusieurs exemples, il démontrait que les généalogies ne décrivent pas l’enchaînement biologique mais elles ressortent souvent d’une construction opérée à travers la manipulation du nom du groupe ou de l’individu, afin de mettre à l’avant ou justifier une position sociale. L’ensemble des personnes rassemblées autour d’un nom partage droits et devoirs réciproques et les membres masculins s’appuient sur la communauté d’esprit de l’caŝabiyya. On peut facilement remarquer que cette même logique caractérise la loi tunisienne sur l’attribution du laqab paternel. Les analyses ADN sont un critère de vérification de la paternité. À elles seules, elles sont insuffisantes pour désigner la parenté sociale, car c’est la transmission du nom qui transforme le géniteur en père.
En l’absence de publication de statistiques, ainsi que de rapports officiels, on peut essayer de croiser des informations provenant des associations et de la presse avec les données de la recherche de terrain pour analyser l’application de cette loi.
En Tunisie, le nombre des mères célibataires serait de 1149 femmes en 2010, dont 551 ont gardé leurs enfants. La Presse du 9 janvier 2012 a publié un chiffre similaire : 1100 mères célibataires en 2010. 66 % des enfants nés hors mariage seraient abandonnés. La loi semble avoir eu une bonne application à Tunis alors que dans le reste de la Tunisie plusieurs problèmes se présentent. Par exemple, les analyses ADN sont effectuées seulement à Tunis et dans les trois hôpitaux universitaires tunisiens à Sfax, Sousse et Kairouan. Leur déroulement implique le déplacement à l’hôpital de l’enfant, de la mère et du père ce qui peut poser une grande difficulté pour les femmes provenant du Sud du pays. Le risque est que le père ne soit pas recherché. En deuxième lieu, à l’attribution du laqab paternel devrait suivre une action auprès du juge cantonal contre le père pour obtenir le payement de la pension alimentaire pour l’enfant. Cela arrive à Tunis grâce aussi à une bonne assistance juridique auprès des femmes, assurée par les associations. Au contraire, dans le reste de la Tunisie, cette étape est restée longtemps inaccomplie pour plusieurs raisons, parmi lesquelles le manque de formation juridique des intervenants dans ce domaine. En revanche, on reconnaît aujourd’hui dans tout le pays, auprès de l’administration aussi bien que des associations, l’importance de pourvoir à l’assistance juridique des mères célibataires, ce qui entraîne une réorganisation majeure.
Enfin, les femmes et les intervenants souhaitent que la présence policière soit réduite au minimum.

lundi 21 avril 2014

   

Le petit projet local en 2014

L´Ambassade de la République tchèque à Tunis a signé un accord avec l'organisation internationale non gouvernementale, l´Association de la Coopération en Tunisie (ACT ), pour fournir de l'aide au développement étranger tchèque pour les groupes socialement défavorisés de la population tunisienne, en particulier les mères célibataires.
L´Ambassade de la République tchèque à Tunis a signé un accord avec l'organisation internationale non gouvernementale, l´Association de la Coopération en Tunisie (ACT), pour fournir de l'aide au développement étranger tchèque pour les groupes socialement défavorisés de la population tunisienne, en particulier les mères célibataires. En 2014, ce projet sera étendu à soutenir les femmes dans les prisons tunisiennes.
L´Ambassade de la République tchèque à Tunis travaille sur le projet pour soutenir les mères célibataires en Tunisie avec l´ACT, qui distribue une aide financière et matérielle à travers ses organisations partenaires dans la capitale de Tunis et les régions tunisiennes - Gabès, Médenine, Zarzis, Gafsa, Jerba.
L´aide financière tchèque permet aux mères célibataires à créer leurs propres entreprises grâce auxquelles les mères sont en mesure de couvrir leurs besoins matériels ainsi que ceux de leurs enfants. Étant donné que la plupart des femmes sont issues des milieux pauvres, des familles nombreuses et sont souvent analphabètes, la création de leurs propres entreprises, leur donne une chance à une première formation dans divers domaines tels que l'artisanat, l'agriculture, le commerce. Le projet permet ainsi à un développement remarquable de la personnalité des mères célibataires, et c´est ce qui est positivement accueilli par leurs environnement.
Depuis 2011, la République tchèque a donné pour soutenir ces groupes défavorisés en Tunisie plus qu´un millon de couronnes .

L'ACT est soutenue également à travers l'Ambassade tchèque à Tunis par l´ entreprise tchèque Linet et son partenaire la société tunisienne Stiet.


dimanche 20 avril 2014

Une interview avec la fondatrice de l'Association Amal pour la famille et l'enfant

 

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
J'ai 55 ans, j'habite à Tunis et je suis célibataire.
Quel est votre métier ?
Je suis journaliste depuis 28 ans à l'agence de presse nationale de Tunisie. J'ai aussi été pigiste mais je n'ai jamais quitté mon pays.
Quelle association avez-vous fondé ?
Il s'agit de l'association Amel, Espoirs pour la famille et l'enfant, qui vient en aide aux mères célibataires. Ces dernières, en plus d'être mal perçues au sein de la société, sont rejetées par leurs proches. Nous leur apportons donc, à elles et leurs enfants, une aide en matière de logement, de formation, d'écoute, de soutien psychologique. Depuis que nous avons créé l'association en 2001, nous avons soutenu près de 500 femmes, âgées de 15 à 45 ans.
Quel est votre parcours en tant que militante associative ?
Comme pas mal de Tunisiens à l'époque, j'ai fait partie d'un syndicat : l'Union générale des travailleurs. Par la suite, en 1983, avec quelques amis, avocats et médecins entre autres, nous avons fondé une commission de réflexion sur la condition des femmes salariées. Nous avons même lancé une revue autofinancée "Nissa" (NDLR : les femmes en arabe). Malheureusement, faute de moyens, nous n'avons pas pu poursuivre sa publication. Mais, au fil des années, notre groupe s'est agrandi. Et, en 1998, j'ai participé à la création de l'Association des femmes démocrates, qui est toujours active malgré les difficultés.
"En Tunisie, se lancer dans un projet associatif signifie qu'il faut avoir le courage de se débrouiller seul de A à Z."
Qu'est-ce qui vous a poussée à créer votre propre association d'aide aux mères célibataires ?
J'ai souhaité passer de la réflexion à l'action et agir plus concrètement. Avant de me lancer dans ce projet, j'ai rejoint une amie psychologue qui travaillait pour une ONG (organisation non gouvernementale) suisse venant en aide aux mères célibataires. Le jour où cette ONG a dû fermer ses portes à Tunis, je me suis dit que l'on ne pouvait pas laisser ces femmes sans aucun soutien. Avec quelques amis, nous avons donc décidé de fonder notre propre association. Non sans difficultés !
Quels ont été les obstacles les plus difficiles à franchir ?
Les autorités ont refusé à plusieurs reprises de nous donner l'aval pour la création de l'association. Nous avons déposé trois fois les statuts. Sans résultat. Pendant plusieurs mois, nous avons donc été contraints de travailler clandestinement. Une autre association nous parrainait, nous avions un local, un peu de matériel... mais tout cela n'était que provisoire. Heureusement, la situation a fini par se débloquer d'une façon totalement inattendue ! Lors d'une émission de télévision, une présentatrice a abordé le sujet très tabou des mères célibataires et a interrogé une jeune femme. Cette dernière a parlé de notre volonté de monter une association pour leur venir en aide. Chance incroyable, ce jour-là, la femme du président tunisien écoutait cette émission ! Elle a été interpellée par notre action et a pris connaissance de nos difficultés. L'une de ses collaboratrices est venue à notre rencontre et nous avons fini par obtenir les statuts le 12 janvier 2001.
Quels sont vos objectifs désormais ?
Continuer mon travail de journaliste. C'est mon gagne-pain ! Il me reste encore cinq ans avant la retraite. Bien sûr, je continue à m'impliquer dans l'association, non plus en tant que présidente mais comme chargée d'information. Je pense m'arrêter là pour le moment. Même si un nouveau problème me touche : celui des enfants des rues. Cette situation est abominable, particulièrement pour les fillettes qui sont, en plus, victimes de la prostitution.
Comment conciliez-vous vie personnelle et vie professionnelle ?
J'ai tout concilié, tant bien que mal. Tout n'a pas été facile, surtout dans un pays où la plupart des choses sont contrôlées. Mais je ne regrette rien. J'ai choisi ma vie. Personne ne m'a jamais rien imposé.
Avez-vous des conseils pour les femmes qui souhaitent créer une association ?
Il faut être patiente. Au-delà de ça, il est difficile pour moi de donner des conseils aux Françaises car nos pays sont différents. Mais je peux vous dire, qu'en Tunisie, se lancer dans un projet associatif signifie qu'il faut avoir le courage de se débrouiller seule de A à Z. Nous ne faisons pas d'actions de communication et les médias parlent rarement de nous. Sans oublier le regard des intégristes. Un jour, une femme m'a regardée de travers et m'a dit : "Maintenant que vous avez ramassé toutes les prostitués, qu'est-ce qu'il vous reste ?" Malgré tout, nous avons aujourd'hui de nombreuses aides, de l'Etat tunisien notamment, mais aussi de l'ambassade suisse, norvégienne et du Centre culturel français.

Les mères célibataires en chiffres




 - 151 mères célibataires ont été enregistrées en 1962, mille à trois mille trois cents en 1987/1988 et 332 en 2003. - Les filles âgées de 21 à 25 ans représentent 47% des mères célibataires en 2003 contre 15% pour les 25-30 ans. - En 2004, les 25 ans remportent la palme contre 12% pour les 13-18 ans. - La majorité des mères célibataires sont des ouvrières. - 28% d’entre elles viennent de Tunis - 41% des nouveaux-nés restent chez leurs mamans grâce à la loi de 2003. - 45% des mères ont un niveau d’études primaires contre 41% d’un niveau secondaire, 12% analphabètes et 7% d’un niveau supérieur.